Kenya: obtenir justice pour Liz, 16 ans, et toutes les victimes de violences sexuelles

Jeune manifestant lors d’un rassemblement au Kenya en faveur de Liz. Photo gracieusement fournie par COVAW.

MISE A JOUR - 10 OCTOBRE 2014: Bien que le dossier de Liz ait été ajourné jusqu'en novembre 2014, les progrès se poursuivent dans le cadre de l’affaire et dans la lutte contre les violences sexuelles dans le comté de Busia et dans l'ouest du Kenya. À la fin septembre, le DPP a annoncé qu'un deuxième auteur avait été appréhendé et incarcéré dans une prison pour mineurs. En outre, à la fin août, des enquêteurs spécialement formés ont été envoyés à Busia pour faire des recherches sur les 70 affaires de viols supplémentaires documentées par nos partenaires, et plusieurs arrestations ont suivi peu après. Dans le même temps, la Commission nationale pour l’égalité entre les sexes a entamé sa propre enquête à Busia afin de mieux comprendre les lacunes et problèmes qui demeurent. La Commission a tenu des audiences à huis clos avec des centaines de victimes de violences sexuelles, dont beaucoup ont été signalées par REEP, et a également discuté de la question avec des magistrats, des chefs, des dirigeants religieux, des responsables gouvernementaux et le département chargé de l’enfance. Egalité Maintenant et nos partenaires sommes très encouragés par ces avancées. Veuillez continuer à soutenir la campagne #JusticeforLiz !


Au mois de juin 2013, Liz, 16 ans, a été brutalement violée et laissée pour morte dans une latrine à fosse alors qu’elle rentrait chez elle après un enterrement. Trois des suspects ont été appréhendés mais la police a enregistré l'attaque comme une simple « agression » ! Ils ont été libérés après avoir purgé leur « peine », qui a consisté à devoir tondre la pelouse du commissariat. Suite à l'attaque, Liz a malheureusement été confinée à un fauteuil roulant et développé une fistule obstétricale, ce qui l’a rendue incontinente. Elle est actuellement en convalescence après une intervention chirurgicale, et reçoit un soutien psychologique pour l'aider à surmonter son traumatisme. Liz est cependant incapable de retourner à l'école en raison de son hospitalisation prolongée.

Sept mois après qu’une campagne globale, #JusticeForLiz, lancée en octobre 2013 par les ONG kenyanes Coalition sur la violence envers les femmes (COVAW - Coalition on Violence Against Women) et Réseau de communication et de développement des africaines (FEMNET - African Women's Development and Communication Network), a recueilli plus d’un million et demi de signatures, peu de progrès ont été réalisés. Les autorités n’ont à nouveau arrêté qu’un seul des trois suspects, qui a été inculpé pour « coups et blessures » au lieu de viol, et aucune autre audience n’a été tenue. En outre, l'inspecteur général de police, David Kimaiyo, qui a admis avoir « arbitré » l’affaire à tort, rejette la faute sur la victime et remet en cause la crédibilité de Liz. Le Bureau du directeur des poursuites publiques, auquel le dossier a été transmis, n'a toujours pas publié son rapport, qui aurait dû être rendu le 10 décembre dernier.

Ce qui est arrivé à Liz est malheureusement monnaie courante au Kenya, où 20% des femmes seront victimes de violences sexuelles au cours de leur vie. Par conséquent, veuillez rejoindre Egalité Maintenant, ainsi que COVAW et FEMNET, nos partenaires par le biais du Mouvement de solidarité pour les droits des africaines (SOAWR), en demandant justice pour Liz et toutes les rescapées et victimes de violences sexuelles.

Veuillez agir dès aujourd’hui en:

  • Appelez les autorités ci-dessous à prendre immédiatement des mesures pour que tous les suspects restants soient appréhendés de sorte que le procès puisse reprendre avec eux à la barre.
  • Exhortez les magistrats kenyans à travailler ensemble et de manière plus efficace, notamment dans le comté de Busia et les sous-comtés de Butula et Nambale, pour veiller à ce que la Loi sur les infractions sexuelles soit effectivement mise en œuvre de sorte que toutes les affaires de violence sexuelle fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites approfondies.
  • Exhortant l'Independent Policing Oversight Authority à enquêter et publier un rapport sur les allégations de fautes professionnelles flagrantes de la part des agents de police en charge de l'affaire, et à prendre des mesures pour remédier à ces défaillances.
  • Pour faire en sorte que les affaires de violences sexuelles soient correctement traitées, exhortez le gouvernement kenyan à accorder la priorité à la formation des forces de l’ordre. Afin de veiller à ce que les fonctionnaires soient mieux équipés pour s’occuper des victimes, demandez aux autorités de rectifier les comportements nuisibles qui sont susceptibles d’augmenter le sentiment de détresse ou d'entraver l’accès à la justice.
  • Rejoignant la campagne #JusticeForLiz sur les médias sociaux. Les messages peuvent également être retweetés depuis @equalitynow, @COVAW et @FemnetProg.

Voici une traduction en français de la lettre qui sera envoyée:

Je suis profondément préoccupé(e) par les nombreux exemples de l’incapacité systémique des autorités kenyanes à faire en sorte que les cas de violences sexuelles fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites. Je suis particulièrement concerné(e) par le cas de Liz, qui a été brutalement violée le 26 juin 2013 dans le comté Busia, et par le déni de justice de la part des autorités dans cette affaire. A ce jour, seul un des six suspects a été arrêté, et les chefs d’accusation ne reflètent toujours pas le fait que l’affaire constitue un crime sexuel. Davantage d'efforts s'avèrent nécessaires pour protéger les femmes et les filles du Kenya contre les violences sexuelles et veiller à ce que justice soit rendue pour toutes les victimes et  rescapées.

Les violences sexuelles envers les femmes constituent une violation des droits humains fondamentaux et contribuent globalement à la subordination systématique des femmes.

En outre, le Kenya a ratifié un certain nombre d'instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits humains qui affirment qu’il est de la responsabilité de l’Etat de protéger les femmes et les filles des violences sexuelles.

Je me joins à Egalité Maintenant et à leurs partenaires, COVAW, FIDA-Kenya, FEMNET, Fahamu et IPAS, qui agissent par le biais du Mouvement de solidarité pour les droits des africaines (SOAWR), en demandant à ce que justice soit rendue pour Liz et pour toutes les rescapées et victimes de violences sexuelles. Conformément aux obligations régionales, nationales, et internationales du Kenya, j’exhorte les autorités à agir d'urgence et à:

  • prendre immédiatement des mesures pour que tous les suspects dans l’affaire de Liz soient appréhendés, et à veiller à ce que la Loi sur les infractions sexuelles soit effectivement mise en œuvre de sorte que toutes les affaires de violence sexuelle fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites approfondies.
  • faire en sorte que l’Independent Policing Oversight Authority enquête sur les allégations de fautes professionnelles flagrantes de la part des agents de police en charge de l’affaire, et engagent toutes les poursuites nécessaires.
  • accorder la priorité à la formation des forces de l’ordre pour faire en sorte que les affaires de violences sexuelles soient correctement traitées, et que les agents de police soient mieux équipés pour s’occuper des victimes de violences sexuelles et rectifier les comportements nuisibles susceptibles d’augmenter le sentiment de détresse ou d'entraver l’accès à la justice.

H.E. Uhuru Kenyatta

President of the Republic of Kenya


Hon. Prof Githu Muigai., M.P.

Attorney General


Hon. Mr. Keriako Tobiko

Director of Public Prosecution


H.E. Ms Anne Waiguru

Cabinet Secretary, Ministry of Devolution & Planning


Hon Dr. Willy Mutunga

Chief Justice


Hon. Sospeter Odeke Ojaamong

Governor, Busia County


Ms. Patricia Nyaundi

Secretary to the Kenya National Commission on Human Rights


The Kenya Women Parliamentary Association


Independent Policing Oversight Authority


Pour en savoir plus sur la campagne, cliquez ici :
http://www.equalitynow.org/fr/take_action/adolescentes_action541