Kenya: obtenir justice pour Liz, 16 ans, et toutes les victimes de violences sexuelles

Jeune manifestant lors d’un rassemblement au Kenya en faveur de Liz. Photo gracieusement fournie par COVAW.

MISE A JOUR - 5 DECEMBRE 2014: les avancées continuent ! Un troisième suspect a été appréhendé et mis en examen juste avant la dernière audience du procès de l’affaire de Liz, qui a repris les 27 et 28 novembre dernier (les trois suspects restants seront inculpés lors d’un nouveau procès lorsqu’ils seront appréhendés). Le père de l'un des suspects a également été inculpé pour avoir aidé son fils à échapper à l’arrestation. Huit témoins ont été appelés à la barre, y compris le médecin et Liz, qui a eu 17 ans en octobre. Aux fins du procès, Liz a été considérée en tant que « témoin vulnérable », ce qui est signe de progrès vers une bonne application de la Loi kenyane sur les infractions sexuelles, l'un des objectifs de notre campagne. Cela a rendu possible la prise de mesures d'aide aux victimes, notamment le fait de pouvoir témoigner avec un intermédiaire présent, afin de protéger la dignité des personnes et d’atténuer d'autres traumatismes. Les deux procureurs spéciaux désignés par des membres de la société civile continuent à être présents et à participer au procès en tant que membres du parquet. La prochaine audience est prévue pour les 5 et 6 février 2015.

Le 3 décembre dernier, la Direction des enquêtes criminelles a également repris son enquête sur les 70 affaires de violences sexuelles supplémentaires documentées par nos partenaires, REEP Kenya et IPAS Africa Alliance, dans le comté de Busia et à l'ouest du Kenya. Cela a de toute évidence été motivé par une récente lettre d’Egalité Maintenant demandant des mesures concrètes et une mise à jour sur les développements. Nous avons également contacté l’Independent Policing Oversight Authority, la police des polices, pour obtenir une mise au point au sujet de l'enquête sur la conduite des agents de police ayant mal traité les plaintes déposées par Liz et sa famille.


Au mois de juin 2013, Liz, 16 ans, a été brutalement violée et laissée pour morte dans une latrine à fosse alors qu’elle rentrait chez elle après un enterrement. Trois des suspects ont été appréhendés mais la police a enregistré l'attaque comme une simple « agression » ! Ils ont été libérés après avoir purgé leur « peine », qui a consisté à devoir tondre la pelouse du commissariat. Suite à l'attaque, Liz a malheureusement été confinée à un fauteuil roulant et développé une fistule obstétricale, ce qui l’a rendue incontinente. Elle est actuellement en convalescence après une intervention chirurgicale, et reçoit un soutien psychologique pour l'aider à surmonter son traumatisme. Liz est cependant incapable de retourner à l'école en raison de son hospitalisation prolongée.

Sept mois après qu’une campagne globale, #JusticeForLiz, lancée en octobre 2013 par les ONG kenyanes Coalition sur la violence envers les femmes (COVAW - Coalition on Violence Against Women) et Réseau de communication et de développement des africaines (FEMNET - African Women's Development and Communication Network), a recueilli plus d’un million et demi de signatures, peu de progrès ont été réalisés. Les autorités n’ont à nouveau arrêté qu’un seul des trois suspects, qui a été inculpé pour « coups et blessures » au lieu de viol, et aucune autre audience n’a été tenue. En outre, l'inspecteur général de police, David Kimaiyo, qui a admis avoir « arbitré » l’affaire à tort, rejette la faute sur la victime et remet en cause la crédibilité de Liz. Le Bureau du directeur des poursuites publiques, auquel le dossier a été transmis, n'a toujours pas publié son rapport, qui aurait dû être rendu le 10 décembre dernier.

Ce qui est arrivé à Liz est malheureusement monnaie courante au Kenya, où 20% des femmes seront victimes de violences sexuelles au cours de leur vie. Par conséquent, veuillez rejoindre Egalité Maintenant, ainsi que COVAW et FEMNET, nos partenaires par le biais du Mouvement de solidarité pour les droits des africaines (SOAWR), en demandant justice pour Liz et toutes les rescapées et victimes de violences sexuelles.

Veuillez agir dès aujourd’hui en:

  • Appelez les autorités ci-dessous à prendre immédiatement des mesures pour que tous les suspects restants soient appréhendés de sorte que le procès puisse reprendre avec eux à la barre.
  • Exhortez les magistrats kenyans à travailler ensemble et de manière plus efficace, notamment dans le comté de Busia et les sous-comtés de Butula et Nambale, pour veiller à ce que la Loi sur les infractions sexuelles soit effectivement mise en œuvre de sorte que toutes les affaires de violence sexuelle fassent l'objet d'enquêtes et de poursuites approfondies.
  • Exhortant l'Independent Policing Oversight Authority à enquêter et publier un rapport sur les allégations de fautes professionnelles flagrantes de la part des agents de police en charge de l'affaire, et à prendre des mesures pour remédier à ces défaillances.
  • Pour faire en sorte que les affaires de violences sexuelles soient correctement traitées, exhortez le gouvernement kenyan à accorder la priorité à la formation des forces de l’ordre. Afin de veiller à ce que les fonctionnaires soient mieux équipés pour s’occuper des victimes, demandez aux autorités de rectifier les comportements nuisibles qui sont susceptibles d’augmenter le sentiment de détresse ou d'entraver l’accès à la justice.
  • Rejoignant la campagne #JusticeForLiz sur les médias sociaux. Les messages peuvent également être retweetés depuis @equalitynow, @COVAW et @FemnetProg.

Voici une traduction en français de la lettre qui sera envoyée.

H.E. Uhuru Kenyatta

President of the Republic of Kenya


Hon. Mr. Keriako Tobiko

Director of Public Prosecution


Hon Dr. Willy Mutunga

Chief Justice


Ms. Patricia Nyaundi

Secretary to the Kenya National Commission on Human Rights


Independent Policing Oversight Authority


Hon. Joseph Nkaissery

Cabinet Secretary, Ministry of Interior & Coordination of National Government


Pour en savoir plus sur la campagne, cliquez ici :
http://www.equalitynow.org/fr/take_action/adolescentes_action541