Afghanistan: poursuivre les responsables du viol et de l’assassinat de Shakila Bakhsh, 16 ans

Shakila Bakhsh, une afghane de 16 ans, a été violée et assassinée en janvier 2012 dans le centre de la province de Bamyan. Son corps a été retrouvé au domicile de M. Mohammad Hadi Wahidi Bihishti, un membre influent de l’assemblée provinciale de Bamyan, et près de deux ans plus tard personne n'a été tenu pour responsable. Les violences envers les femmes et les filles demeurent endémiques en Afghanistan. La famille de Shakila soutient que M. Bihishti est responsable de sa mort, mais qu’il  ne fait pas l’objet d’une enquête approfondie en raison de sa position au sein de l’assemblée provinciale. En outre, en mai 2012, la cour d'appel a mis en évidence un certain nombre de lacunes dans l'enquête, notamment le fait que les procédures de police n’ont pas été correctement suivies, et noté que quelqu’un avait tenté de falsifier des preuves sur le lieu du crime et de monter un coup contre un innocent.

Egalité Maintenant est gravement préoccupé par l'absence d'enquête dans cette affaire, ainsi que par les multiples affaires de violences envers les femmes et les filles en Afghanistan qui demeurent  impunies, en particulier lorsqu’elles impliquent des suspects influents. Veuillez nous rejoindre pour demander aux autorités afghanes de veiller à ce qu'une enquête impartiale et approfondie soit effectuée dans l’affaire Shakila Bakhsh, et à ce que le ou les auteurs du viol et de l’assassinat soient poursuivis sans délai. Veuillez aussi exhorter le gouvernement à veiller à ce que de solides mesures soient mises en place pour prévenir toute forme de violence contre les femmes et les filles.

Voici une traduction en français de la lettre qui sera envoyée au gouvernement afghan:

Je suis profondément préoccupé(e) par l'absence de poursuites judiciaires dans l’affaire Shakila Bakhsh, fille de Mohammad Bakhsh, qui le 31 janvier 2012 a été  violée et assassinée à 16 ans à Zargaran, dans le centre de la province de Bamyan.

Selon les documents (affaire numéro 40, 21 mai 2012) de la Cour d'appel de la province de Bamyan, Shakila a été retrouvée morte au domicile de M. Mohammad Hadi Wahidi Bihishti, un membre de l’assemblée provinciale de Bamyan. Au moment du crime, M. Bihishti était à la maison en compagnie de sa femme et de son neveu. Dans un premier temps, M. Qurban, garde du corps de M. Bihishti et beau-frère de Shakila, avait été inculpé de l'assassinat en dépit du fait que, selon des témoins oculaires, il se trouvait ailleurs dans un bazar. M. Qurban a déclaré avoir été informé de la mort de Shakila lors d’un appel téléphonique de M. Bihishti qui lui a affirmé que Shakila s'était suicidée.

Les documents du tribunal indiquent que ni M. Bihishti ni personne d'autre n’a informé les forces de sécurité ou la police de ce qui s'était passé. En lieu et place, le corps de la défunte avait été transporté à l’hôpital. Les documents indiquent également que quelqu’un a tenté d’effacer des preuves sur le lieu du crime. La police, qui se trouvait par hasard à l'hôpital, a alors découvert l’incident et envoyé une équipe pour enquêter. Toutefois, les documents judiciaires mettent également en évidence un certain nombre de lacunes dans l'enquête de police, y compris le fait que les policiers ont omis de transmettre les empreintes digitales de M. Bihishti, de sa femme, et de son neveu, à l’institut médico-légal. Selon nos informations, les membres de la famille de Shakila et de M. Qurban soutiennent que M. Bihishti est responsable de la mort de Shakila, mais qu’il ne fait pas l’objet d’une enquête approfondie en raison de sa position influente au sein de l’assemblée provinciale de Bamyan. Le 21 mai 2012, la cour d'appel a conclu qu’il n’y avait pas assez de preuves contre M. Qurban, et ordonné une nouvelle enquête.

Je vous exhorte à veiller à ce qu'une enquête impartiale et approfondie soit effectuée, et à ce que le ou les auteurs du viol et de l’assassinat soient poursuivis. En conformité avec la propre constitution du pays et ses obligations juridiques internationales, je voudrais aussi respectueusement demander au gouvernement afghan de garantir la primauté du droit, de lutter contre les violences envers les femmes et les filles, et de veiller à ce que ces violences soient punies dans la pleine mesure de la loi.

Minister of Interior Affairs Mr. Umar Daudzai

Minister of Justice Mr. Habibullah Ghalib

President Karzai

Pour en savoir plus sur la campagne, cliquez ici :
http://www.equalitynow.org/fr/take_action/afghanistan_action531