Kenya: protéger les filles par l’application d’une législation sur les MGF et le mariage précoce

MISE A JOUR - 31 JUILLET 2014: au cours des sept derniers mois, Egalité Maintenant et nos partenaires ont été fortement encouragé par les initiatives plus soutenues qui visent à enquêter sur les MGF et à faire appliquer la loi anti-MGF de 2011, et par une plus grande couverture médiatique sur la question dans la presse kenyane. En avril, le directeur des poursuites publiques a créé un département de lutte contre les MGF composé de 20 membres et chargé de suivre les affaires, d’informer les communautés sur la législation et d’accélérer les poursuites, en particulier dans les zones à forte prévalence. Dès les premières semaines, le département a porté devant les tribunaux plusieurs affaires impliquant des parents, des exciseuses et un chef de village ayant omis de signaler des MGF. Le département espère que ses enquêtes, poursuites judiciaires et efforts de sensibilisation communautaire feront office de moyens de dissuasion. Par ailleurs, afin de résoudre le problème, les autorités locales sont de plus en plus ouvertes à travailler avec les organisations issues de la société civile.

Au niveau national, à la suite d'une manifestation en juin à Kajiado (dans le pays Massaï) où des manifestants ont appelé à l'abrogation de la loi sur les MGF, les membres du parlement kenyan ont été invités à présenter une motion qui vise à alourdir les peines en cas de MGF et à revoir en profondeur les affaires de MGF existantes. Les législateurs kenyans ont rapidement condamné la manifestation et réitéré que les contrevenants seraient poursuivis. La première dame, Margaret Kenyatta, a également demandé publiquement que le Kenya « parvienne à un niveau zéro de MGF. » Bien qu'il reste encore un travail considérable à accomplir pour mettre fin aux MGF au Kenya, ces avancées  progressives, ainsi que le travail de la Commission de lutte contre les MGF, démontrent une plus grande volonté politique de protéger les filles et les femmes des MGF, au niveau local et au niveau  national. Nous continuerons à vous informer au fur et à mesure que la campagne évolue et nous vous remercions de votre soutien continu.


Egalité Maintenant suit plusieurs affaires de jeunes kenyanes ayant fui leur foyer ou évitant de rentrer à la maison après l'école afin d’échapper aux mutilations génitales féminines (MGF) et au mariage précoce, en particulier pendant les vacances d'août et de décembre, lorsque les mutilations sont effectuées en masse, et dans la région de Pokot, d’où proviennent un grand nombre de rapports. Malgré l'existence d’une législation contre les MGF et le mariage précoce au Kenya, il est clair qu’elle ne protège pas les filles et qu’elle n’est pas appliquée dans la région.

  • Elizabeth, qui vient du village de Churo, a été empêchée de fréquenter l'école par ses parents, qui avaient prévu de lui faire subir des MGF et de la marier. Elle a trouvé refuge chez sa tante pendant un certain temps et a été à l'école, mais a été contrainte de fuir lorsque son père a essayé de l'enlever à l’âge 16 ans. Elle a marché pendant trois jours avant d'arriver à un refuge pour filles. Son père est allé au refuge et a essayé de la forcer à retourner à la maison, mais lorsque la direction a menacé de faire intervenir la police, il est parti et n'est pas revenu.
  • Alsine, qui vient du village de Tangulbei, a été déscolarisée par ses parents à 14 ans et soumise à des MGF en vue de «la préparer pour le mariage». Elle s'est enfuie chez sa sœur aînée, mais son père l’a enlevée et a commencé les préparatifs de mariage. Elle a réussi à s'échapper une fois de plus et, après avoir passé deux nuits à dormir dehors, a été dirigée vers un centre de secours pour les filles où elle fréquente à nouveau l'école.

Veuillez rejoindre Egalité Maintenant et nos partenaires au kenya, Tasaru Ntomonok Initiative et Women Rights Institute for Peace, en demandant au gouvernement kenyan et aux autorités de la région de Pokot de prendre des mesures de toute urgence. Conformément aux obligations nationales, régionales et internationales du Kenya, appelez à:

  • Prendre immédiatement des mesures pour protéger, aider, et fournir un abri aux filles qui fuient les MGF et le mariage précoce, et faire en sorte que les filles qui courent le risque de subir des MGF n'y soient pas soumises, à tout moment et en particulier lors des vacances scolaires.
  • Faire en sorte que les lois contre les MGF et le mariage précoce soient effectivement mises en œuvre, et accompagnées d'enquêtes approfondies et de sanctions pour les contrevenants.
  • Faire en sorte que toutes les autorités, au niveau national et local, travaillent ensemble pour mettre en place des mesures de protection au sein des communautés à risque afin de protéger les filles à la fois contre le mariage précoce et les MGF, et de veiller à ce qu'elles soient en mesure de poursuivre leurs études.
  • Mener des campagnes de sensibilisation et d'éducation afin de changer les perceptions culturelles et les croyances sur les MGF et le mariage précoce, et de reconnaître ces pratiques en tant que violations des droits humains ayant des conséquences néfastes.

Voici une traduction en français de la lettre qui sera envoyée au gouvernement kenyan:

Suite à des rapports de jeunes kenyanes fuyant les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces, en particulier dans la région de Pokot pendant les vacances d'août et de décembre, je suis profondément préoccupé(e) par le fait que le gouvernement kenyan n’applique pas la législation contre les MGF et le mariage précoce.

Pour faire en sorte que ces violations ne soient pas ignorées, il est nécessaire que les autorités de Pokot travaillent au sein des communautés pour protéger et soutenir les filles et faire appliquer la législation.

Les MGF et le mariage précoce constituent une violation des droits humains et ont un tas de conséquences physiques et psychologiques sur les femmes et les filles. Le Kenya, en tant que membre du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux droits des femmes en Afrique, se doit d’interdire à la fois les MGF et le mariage précoce et de «protéger les femmes qui courent le risque de subir les pratiques néfastes. » Le Kenya a également ratifié la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et la Convention relative aux droits de l'enfant (CIDE), et les deux comités associés à ces traités ont appelé à mettre fin aux MGF et au mariage précoce. La constitution kenyane, ainsi que des lois telles que le Prohibition of Female Genital Mutilation Act 2011 et le Children’s Act 2001, prohibent les MGF et le mariage précoce.

Je félicite le gouvernement kenyan d’avoir mis en place une législation sur les MGF et le mariage précoce et créé la Commission de lutte contre les MGF, il s’agit d’étapes importantes vers la protection des droits des filles et des femmes kenyanes. Cependant, malgré de fréquents rapports de cas de MGF, de mariages précoces, et de jeunes filles qui fuient pour échapper à ces pratiques, il n'y a à ce jour eu aucune enquête ou poursuites dans la région de Pokot, et le gouvernement n'a pris aucune mesure afin de protéger les filles qui s'enfuient pour éviter d'être soumises à des violences. Conformément aux obligations internationales, régionales et nationales du Kenya, j'exhorte le gouvernement kenyan et les autorités de la région de Pokot à:

 *  Prendre immédiatement des mesures pour protéger, aider, et fournir un abri aux filles qui fuient les MGF et le mariage précoce, et faire en sorte que les filles qui courent le risque de subir des MGF n'y soient pas soumises, à tout moment et en particulier lors des vacances scolaires.
 *  Faire en sorte que les lois contre les MGF et le mariage précoce soient effectivement mises en œuvre, et accompagnées d'enquêtes approfondies et de sanctions pour les contrevenants.
 *  Faire en sorte que toutes les autorités, aux niveaux national et local, travaillent ensemble pour mettre en place des mesures de protection au sein des communautés à risque afin de protéger les filles à la fois contre le mariage précoce et les MGF, et de veiller à ce qu'elles soient en mesure de poursuivre leurs études.
 *  Mener des campagnes de sensibilisation et d'éducation afin de changer les perceptions culturelles et les croyances sur les MGF et le mariage précoce, et de reconnaître ces pratiques en tant que violations des droits humains ayant des conséquences néfastes.

H.E. Uhuru Kenyatta

President of the Republic of Kenya


H.E. Ms Anne Waiguru

Cabinet Secretary, Ministry of Devolution & Planning


Hon. Prof Githu Muigai., M.P.

Attorney General


H.E. Dr. Richard Belio Kipsang

Cabinet Secretary, Ministry of Education, Science &Technology


Benjamin C Cheboi

Baringo County Governor


Simon Kitalei Kachapin

West-Pokot County Governor


The Kenya Women Parliamentary Association


Pour en savoir plus sur la campagne, cliquez ici :
http://www.equalitynow.org/fr/take_action/agissez_action521