Libéria: adopter d’urgence une loi interdisant les MGF

Ruth Berry Peal et son avocate

MISE A JOUR - 12 MARS 2013: Le 17 janvier 2013, Deddeh Wilson, l’avocate de Ruth Berry Peal, a informé Egalité Maintenant qu'elle avait déposé une requête demandant au tribunal de rejeter l'appel des accusées, qui avaient été condamnées à des peines d'emprisonnement, pour défaut d’exécution de la procédure d'appel. Le 24 janvier 2013, la cour a rejeté la demande d'appel au motif que « les prévenues n'ont pas déposé une demande de récusation valable ou n’ont pas obtenu l'approbation du juge de première instance en ce qui concerne cette demande de récusation présumée. » Le 26 février, le tribunal a émis un avis ordonnant à la police de Montserrado d’arrêter les accusées.

Avoir été mutilée de force, Ruth a finalement obtenu justice mais cela n'a pas été facile et elle continue à recevoir des menaces. Même si des filles s’enfuient parfois et doivent vivre dans la clandestinité du fait de l'absence de lois qui les protégeraient contre les MGF, Mme Speare, directrice du Secrétariat des ONG de femmes du Libéria (Women NGOs Secretariat of Liberia - WONGOSOL), a déclaré que, en raison du contexte social et culturel, les filles et les femmes ne peuvent pas s'opposer à la pratique ou y échapper. Le Ministère de l’Egalité entre les sexes a conseillé à Ruth de déménager à Monrovia, mais elle est réticente à le faire car son mari et ses enfants vivent toujours dans le comté de Bomi. Par conséquent, nous appelons le gouvernement libérien à soutenir et protéger Ruth, ainsi qu’à consolider les annonces faites par le ministre de l'Intérieur en 2011 qui visent à promulguer et à faire appliquer de toute urgence une loi interdisant les MGF.


Egalité Maintenant vient de publier une Action Femmes appelant le gouvernement du Libéria à promulguer une loi interdisant les mutilations génitales féminines (MGF) et à veiller à ce que l’affaire Ruth Berry Peal soit rapidement conclue. En juillet 2011, des membres de Sande, une société clandestine politiquement influente, qui avaient enlevé Ruth et l’avaient forcée à subir des MGF, ont été condamnées à trois ans d'emprisonnement mais elles ont fait appel du jugement et ont été libérées sous caution. L'appel est en instance devant la Cour suprême sans qu’aucune date d’audience ne soit fixée et les auteurs des crimes demeurent en liberté.

En dépit de la promesse de la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf de faire des droits des femmes et de leur santé une priorité nationale, des récentes mesures prises par le gouvernement pour faire cesser les activités de Sande, et de la volonté déclarée du gouvernement d’élaborer une loi anti-MGF, des signalements de mutilations continuent de nous parvenir sans que le gouvernement n’intervienne. Cette absence de position unifiée de la part des ministres sape les efforts déployés par le gouvernement pour mettre fin aux MGF.

Veuillez appeler les autorités libériennes à veiller à ce que l’affaire Ruth Peal soit rapidement conclue et à ce que la décision de faire cesser la pratique des MGF par Sande soit appliquée. En outre, invitez-les à adopter et à appliquer une loi globale contre les MGF ainsi qu’à soutenir des programmes éducatifs de sensibilisation sur les méfaits des MGF destinés aux communautés concernées et aux chefs locaux.

Voici une traduction en français de la lettre qui sera envoyée au gouvernement du Libéria:

Je me réjouis des récentes mesures prises par le gouvernement qui visent à interrompre la pratique des MGF par la société Sande, et notamment de la publication d’un avis du ministère de l'Intérieur à tous les comtés ordonnant que toutes les activités de la société Sande cessent, ainsi que de l’annonce selon laquelle le ministère de l'Intérieur et le ministère de la Justice vont travailler ensemble pour élaborer un projet de loi contre les MGF. Je suis cependant très préoccupé(e) par de récents évènements au cours desquels le gouvernement a jusqu'à présent échoué à prendre des mesures:

En mars 2012, la journaliste Mae Azango a été contrainte à la clandestinité après avoir publié un article sur les MGF. Les membres de la société Sande ont menacé de lui faire subir de force des MGF.

En mai 2012, plus de 750 filles, que l'on croit être incitées par les membres de Sande, ont subi des MGF dans le comté de Nimba en dépit du préavis du ministère de l'Intérieur visant à faire cesser les activités de Sande.

Malgré la promesse de la présidente Sirleaf de faire des droits des femmes et de leur santé une priorité nationale, il est très préoccupant de constater l'absence d'intervention gouvernementale dans les cas mentionnés ci-dessus. En outre, je suis préoccupé(e) par des remarques du ministre de l'information indiquant aux médias que le gouvernement n'a pas l'intention d’éradiquer les MGF. Cette absence de position unifiée de la part des ministres sape les efforts déployés par le gouvernement pour mettre fin aux MGF.

Je vous exhorte à veiller à ce que la décision gouvernementale de faire cesser la pratique des MGF par la société Sande soit appliquée. En outre, veuillez honorer les engagements régionaux et internationaux du Libéria relatifs aux droits humains en adoptant et en appliquant une loi globale contre les MGF, ainsi qu’en soutenant des programmes éducatifs de sensibilisation sur les méfaits des MGF destinés aux communautés concernées et aux chefs locaux.

H.E. Madam Ellen Johnson Sirleaf

President


Hon Christiana H. Tah

Minister of Justice


Hon Julia Duncan Cassell

Minister for Gender and Development


Hon Blamo Nelson

MInister of Internal Affairs


Pour en savoir plus sur la campagne, cliquez ici :
http://www.equalitynow.org/fr/take_action/agissez_action372